Auteur :
RAKI
Mohamed
Année de Publication :
0
Type : Article
Thème : Agriculture
Couverture :
Maroc
Télécharger le document :La céréaliculture marocaine constitue un véritable paradoxe, celui d’une culture quci ouvre la quasi totalité du terroir et dont la production assure de moins en moins les besoins de la population.
Elle est en effet pratiquée sur des superficies qui représentent 85% des terres ensemmencées chaque année. Cette importance ne date pas d’aujourd’hui puisque les superficies céréalières sont passées de deux millions d’hectares en 1920 à quatre millions en 1940, le colonisateur et la paysannerie marocaine ayant, pour des motifs différents, privilégié cette culture.
Aujourd’hui les céréales avec 4’5 millions d’hectares occupent le maximum des terres pouvant être mises en culture ; un bon nombre de celles-ci sont stérilisées chaque année sous l’influence de l’érosion et devraient redevenir des terres de parcours.
Cependant, la progression des cultures céréalieres a toujours revêtu un caractère extensif sauf dans les terres de la colonisation situées dans les grandes plaines, dans certains domaines appartenant aux notabilités acquises aux intérêts des autorités coloniales et dans les vallées habitées par une paysannerie sédentarisée de longue date.
Ce caractère extensif est ler ésultat de l’expropriation massive del a paysannerie, expropriation qui bien qu’elle s’était effectuée dans un cadre juridique tendant à protéger les terres de tribu contre les appétits des colons et de leurs alliés locaux, n’en a pas moins concerné la quasi totalitéd es terres les plus riches. Une paysannerie (< marginalisée reléguée sur des terres marginales constitue l’explication fondamentale de la faiblesse desr endements, ceux-ci auraient progressé seulement de deux quintaux par hectare en l’espace de 50 ans !
Mais aujourd’hui, l’imputation du déficit céréalier au fait colonial ne constitue qu’une explication partielle. I1 est certain que les données structurelles qui déterminent la stagnation de la productionc éréalière sont le produit de l’agression coloniale, mais la politique agricole menée depuis l’indépendance a intensifié le déficit céréalier dans des proportions telles qu’elles sont jugées aujourd’hui alarmantes par les pouvoirs publics eux-mêmes. La remise en question de cette politique, survenue en 1973 à la suite de la flambée des cours mondiaux des produits de base, est unanimement considérée comme une nécessité.
Cette reconsidération des choix antérieurs n’a pas seulement pour origine l’aggravation du déficit céréalier (en terme de devises) mais aussi les difficultés rencontrées par l’agriculture d’exportation ainsi que les faibles performances obtenues par les spéculations développées dans le cadre de la politique de lag rande hydraulique (cultures industrielles, élevage laitier intensif).
Cependant, si la stratégie officielle en cours d’élaboration met en exergue la nécessité de promouvoir les denrées de base, elle reste prisonnière du cadre socio-politique qui a déterminé les choix de la politique qu’elle se propose, à juste titre, de modifier.
Aussi, le déficit céréalier ne peut être approché qu’en relation avec la crise générale que traverse l’agriculture marocaine. Les Cléments du dépassement de cette crise seront analysés à la lumière de la nouvelle stratégie officielle.